Le train est une partie importante et un outil privilégié pour de nombreux chefs d’État dans leur volonté de montrer son pouvoir et sa capacité à se déplacer aisément. Nous connaissons le train blindé Taeyangho de Kim Jong-un, ou bien celui du président russe Vladimir Poutine qui incarnent les personnalités politiques qu’il transporte. Il en va de même pour l’Allemagne nazie : Adolf Hitler, dans une Europe en guerre en 1941 puis largement occupée à l’horizon 1943, doit pouvoir se déplacer partout sur le front et dans les villes.

Ce déplacement sur les territoires conquis fut un point primordial et une pierre angulaire pour la politique de propagande et pour l’image d’Hitler. L’incarnation du culte de la personnalité d’Hitler s’est retrouvée d’abord à travers l’avion qu’il utilisait pour les meetings, puis après son arrivée en tant que chancelier avec la voiture, puis dans le très célèbre « Führersonderzug » ou le « train spécial d’Hitler », un train de 1200 tonnes, commandé à la Deutsche Reichsbahn, la compagnie ferroviaire allemande et aux groupes allemands Henschel et Krauss-Maffei pour les wagons.

Ce mastodonte d’acier, autonome et moderne a parcouru l’Europe avec à son bord d’illustres invités comme le duc et la duchesse de Windsor, Franco, Mussolini des généraux et tous les dignitaires les plus influents du Reich. D’importantes décisions ont été prises à l’intérieur. Au-delà de sa fonctionnement de déplacement, le train spécial d’Hitler révèle aussi un mode de vie orienté sur la seule personne du Führer et sur les objectifs géopolitiques qu’il souhaite poursuivre durant toutes les années où il sera au pouvoir.

Cet article va explorer le super train allemand « AMERIKA » puis le « BRANDENBURG », le train d’Hitler, dans ses détails, dans son mode de fonctionnement et son dispositif de sécurité à travers une Europe occupée par les nazis. Nous allons analyser en quoi ce train reflète une époque d’oppression et d’hégémonie nazie, sa construction à la montée du nazisme, les décisions prises à l’intérieur jusqu’à la capitulation allemande auprès des Américains et des Alliés en 1945 et sa réhabilitation un peu partout dans le monde.

1936 et 1937, l’Allemagne au centre de la géopolitique européenne

L’histoire du Führersonderzug remonte à 1937, dans une Europe en proie à de fortes instabilités. L’Allemagne joue un rôle central dans cette déstabilisation. En effet, un an auparavant, en 1936, ce dernier remilitarise la Rhénanie qui était alors démilitarisée par le traité de Versailles. L’Allemagne accueille aussi les jeux Olympiques d’Hiver du 1er février au 16 février et les jeux d’Eté du 1er au 16 août : l’image d’Hitler devient européenne voire internationale et les jeux olympiques deviennent une vitrine à ciel ouvert du mode de vie et de l’esprit national-socialiste.

Les images des médias et des journalistes traversent toutes les frontières et tous les regards se tournent vers ce pays qui s’est métamorphosé en moins de 20 ans. Même si Hitler avait déjà compris toute l’importance de se déplacer pour son image durant sa conquête du pouvoir en 1933, cette notion se concrétise à mesure que les enjeux deviennent plus grands.

Le pays intervient aussi pour la première fois depuis la fin de la Première Guerre Mondiale militairement dans la guerre civile espagnole où elle fournit une aide non négligeable aux nationalistes franquistes de Franco de par de puissants bombardements novateurs. Le pays se réarme à très grande vitesse dans tous les domaines : le service militaire obligatoire apporte des milliers de soldats à ses armées, l’armement se modernise et s’industrialise, l’endoctrinement idéologique de la propagande imprègne les esprits grâce aux organisations sociales allemandes de la vie quotidienne (Lebensborn1, Jeunesses Hitlériennes2…). Le « Gleichschaltung » ou « mise au pas » tourne à plein régime.

Adolf Hitler avec le Comité international olympique dans le stade olympique de Berlin
© Bundesarchiv – Bundesarchiv, Bild 183-G00372

1937 est donc une année où Hitler passe progressivement du statut de chef d’Etat allemand à personnalité politique majeure dans les enjeux géopolitiques européens. Les démocraties à l’image de la France, de la Grande-Bretagne ou la Pologne observent ce pays se réarmer et se préparer pour la guerre avec méfiance, tandis que les dictatures et les gouvernements fascistes émergents d’Europe tentent de s’unir à la cause d’Hitler. Le leadership et les agressions politiques comme militaires nazies sont omniprésentes dans les esprits et Hitler est désormais amené à se déplacer hors du pays plus que jamais.

Une commande à la Deutsche Reichsbahn

Et pour cause, les moyens de transport revêtaient d’une importance essentielle pour Hitler, qui voyageait sans relâche et très régulièrement. Il avait déjà à sa disposition une flotte impressionnante comprenant plusieurs dizaines de limousines et des trains spéciaux. Entre 1933 et 1943, près de 40 wagons furent ainsi aménagés, incluant des espaces de travail, des voitures privées pour Hitler et des avions.

Contrairement à certains mythes entretenus par la propagande nazie, Hitler ne les utilisait vraisemblablement que lorsque les conditions météorologiques garantissaient un vol stable et sans turbulences ou selon les besoins. Hitler ne sortait jamais par temps mauvais et l’obligeait donc à utiliser d’autres moyens. Il lui fallait alors un train fiable pour se déplacer rapidement et en toute sécurité. De cette volonté, il commande un train spécial aux Chemins de Fer allemands, ou la Deutsche Reichsbahn3, pour ses déplacements personnels et professionnels. Le train devait servir initialement de quartier général à l’armée allemande jusqu’à la campagne des Balkans pour 1941.

Ce dernier deviendra le Führersonderzug, le « train spécial d’Hitler » sera donc construit en plusieurs étapes jusqu’à être terminé en 1939. Il fut alors l’un des premiers d’une longue lignée de trains spéciaux à venir dans le Reich pour les dignitaires. On dénombre en 1939 déjà 25 trains spéciaux en circulation après celui d’Hitler.

1939, le train spécial d’Hitler entre en service

Après plusieurs étapes de construction, le train est prêt à l’utilisation et est livré à Hitler en août 1939. Pile avant l’invasion de la Pologne que ce dernier prévoit dans le plus grand secret. Au 3 septembre 1939, le train porte le nom de code « AMERIKA » et devient alors le train personnel privé d’Hitler dans ses apparitions en Allemagne comme à l’extérieur. Le train s’appelait à l’origine Führersonderzug « Amerika », prétendument parce qu’Hitler voulait rendre hommage à la conquête européenne des Amériques sur les Indiens et qu’il aimait bien le nom. Les wagons sont construits par les constructeurs allemands Henschel et Krauss-Maffei.

Le train était peint en vert avec des bandes décoratives beiges , et l’aigle impérial était décoré sur les wagons. L’intérieur a été créé par une entreprise munichoise style Art déco sobre et épuré, tandis que l’ensemble restait impressionnant et gigantesque, à l’image des idées d’Hitler. Sur certains wagons pouvait figurer les lettres D et P ainsi que l’aigle impérial pour signifier « Dienstpersonal », personnel de service.

Le train pesait à lui seul 1200 tonnes, mesurait entre 300 et 430 mètres de long en fonction des wagons présents et du nombre de personnes à bord. Un wagon pesait au moins 60 tonnes. Les emplacements des wagons dans le train peuvent varier, à part les wagons de défense, de communication, les wagons invités ou les wagons utiles à Hitler. En totalité, le train pouvait accueillir plus de 200 personnes avec à son bord la climatisation ou le chauffage et toutes les commodités d’un wagon présidentiel.

On estime qu’il roulait entre 80 et 120 km/h selon les lieux et les conditions des chemins de fer. Cette vitesse fut atteinte par 2 locomotives de la Deutsche Reichsbahn l’une devant l’autre pour tracter cet imposant cortège. Le train transportait aussi des générateurs diesel de 80kW afin d’assurer l’alimentation électrique du train lors des longs arrêts et éviter d’éventuels problèmes.

Composition du train

  • On retrouve juste derrière un wagon plat blindé nommé Flakwagen pour la défense antiaérienne. Il s’agissait de wagons avec le personnel de la Luftwaffe et de 2 canons antiaériens de 2 batteries quadruples de Flakvierling de 20 mm pointés vers le ciel. Les canons étaient de calibres militaires et pouvaient tirer jusqu’à 2 500 mètres au-dessus du sol dans un rayon de 4,7 kilomètres. La vitesse de tir s’élevait à 800 coups à la minute, ce qui en faisait des canons extrêmement puissants.
  • Derrière, on y retrouve un wagon à bagages,
  • le wagon d’Hitler (Führerwagen) avec la robinetterie plaquée or et du marbre,
  • le wagon de commandement (Befehlswagen) pour les conférences et les communications,
  • un wagon pour le détachement de sécurité du train (Begleitkommandowagen) avec les SS de la SS-Begleit-Kommando et du RSD,4
  • le wagon restaurant,
  • 2 wagons avec des lits pour les invités,
  • un wagon pour la toilette (Badewagen)
  • un autre wagon restaurant,
  • deux wagons-lits pour le personnel à bord (conducteurs, serveurs…),
  • un wagon pour la presse (Pressewagen), destinée au chef de la presse, Otto Dietrich5, et à son équipe à bord,
  • un autre wagon à bagages,
  • un second wagon pour la défense antiaérienne (Flakwagen)

Des gardes patrouillaient régulièrement entre les wagons et personne ne devait fumer à l’intérieur.

Le train n’était pas blindé et les wagons étaient seulement en acier, mis à part le wagon d’Hitler. Il n’en restait pas moins une véritable forteresse mobile et un centre de commandement à la hauteur des autres quartiers généraux du Führer (Führerhauptquartier). On dit aussi des « trains fantômes » circulaient parfois à l’avant ou à l’arrière du Führersonderzug, avec une demi-heure d’écart pour compliquer la tâche de potentiels saboteurs ou attaques. Chaque lieu de départ ou d’arrivée était protégé par l’armée, comme les ponts, les gares, les stations, les environs.

Sa sécurité passait aussi par un regard constant sur des solutions de replis, comme des tunnels ou des grottes, ainsi que la présence constante de la Mercedes personnel d’Hitler blindée et protégée et de son avion personnel. Le Führersonderzug est alors le train le mieux équipé et le plus moderne de l’époque, lui permettant de rester joignable, mobile et rapide partout en Allemagne et dans les territoires occupés. Il est capable de réagir à n’importe quelle situation et de prendre les décisions depuis le train.

AMERIKA comme centre de commandement majeur en temps de guerre

Invasion de la Pologne

Le périple d’AMERIKA débute le 3 septembre 1939 en faisant un premier trajet reliant Berlin et Bad Polzin en Pologne. La présence du train n’est pas anodine, car Hitler déclenche juste avant, le 1er septembre 1939, l’invasion de la Pologne qui sera rapide et expéditive. Depuis le train, Hitler contrôle l’invasion et transforme ce lieu de vie en poste de commandement pour les dignitaires. Le train se transforme en espace dédié au travail.

Fin septembre 1939, la résistance polonaise s’effondre progressivement jusqu’à l’arrêt total des combats. Sans le savoir, c’est l’un des premiers pays à tomber sous la blitzkrieg d’Hitler. Après cette victoire éclair, Hitler quitte Goddentow-Lanz6 pour rejoindre Berlin. Il s’arrête dans la partie sécurisée de l’aéroport de Tempelhof pour prendre un bain de foule et revenir au pays en héros. AMERIKA devient alors un moyen de transport symbole de puissance et de modernité d’Hitler. De par la sobriété et la rapidité de déplacement du train, le Führer se donne une image toute puissante et le culte de la personnalité devient réel.

Hitler et Franco discutent dans le wagon d'Hitler dans AMERIKA à Hendaye, en France, le 23 octobre 1940.

Invasion du Danemark et de la Norvège

Après cette campagne polonaise, Hitler a déjà d’autres ambitions. Le 9 avril 1940 Hitler lance l’opération Weserubung : la campagne du Danemark et de la Norvège. Il ne fallut que 6 heures pour que le Danemark capitule et un peu plus de 2 mois, soit le 10 mai 1940, pour la Norvège.

Le 10 mai justement, Hitler lance le Plan Manstein et débute la campagne de France en contournant la Ligne Maginot. Millimétrée et parfaitement organisée, les Français sont pris de cours : l’armée allemande écrase tout sur son passage. La Blitzkrieg est redoutable d’efficacité et la France est peu à peu décimée.

L’armistice est signé le 22 juin 1940 à Compiègne, dans le même wagon de la clairière de Rethondes, où a été signé l’armistice de novembre 1918. C’est l’humiliation pour la France, battue en 6 semaines par la Wehrmacht. qui se voit occupée et entre en vigueur le 25 juin. Après cette victoire et cette revanche clôturant un chapitre de l’histoire allemande, Hitler repart le 6 juillet 1940 à bord d’Amerika pour rejoindre Berlin. La victoire sur la France est fêtée en grande liesse.

Mais Hitler est surtout préoccupé par la suite prévue des conquêtes…

Voyage et arrêts en France

En octobre 1940, Hitler décide de se déplacer avec AMERIKA en plusieurs points en France pour y rencontrer les officiels de plusieurs pays, maintenant occupés. Il y emmène tout son état-major et les responsables nazis pour fixer les grandes lignes du dialogue entre la France et l’Allemagne, conscients qu’un accord devra être signé à terme. Le train est alors un des moyens pour Hitler de bénéficier d’une sécurité maximale et surtout d’une discrétion évidente dans un pays regorgeant sûrement d’opposants au nazisme.

Le premier arrêt est pour von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, qui compte aller retrouver dans une entrevue discrète Pierre Laval, vice chef du conseil des ministres le 22 octobre 1940, puis le voyage continue et Hitler doit rencontrer le dictateur espagnol Franco à Hendaye car le train ne peut pas aller plus loin pour lui demander d’entrer en guerre avec lui en début d’après midi du 23 octobre.

Hitler et Franco discutent dans le wagon d'Hitler dans AMERIKA à Hendaye, en France, le 23 octobre 1940.
Hitler et Franco discutent dans le wagon d’Hitler dans AMERIKA à Hendaye, en France, le 23 octobre 1940.

Après cette entrevue sans succès, Hitler retourne à nouveau à Montoire-sur-le-loir, une petite commune isolée et discrète spécialement choisie pour l’occasion. Il arrive sur la voie 9 au quai numéro 3 dans une ville bouclée de toutes parts, protégée et confinée pour rencontrer le maréchal Pétain le 24 octobre à 18 heures.

Dans le wagon d’Hitler, Pétain est surpris de constater qu’il est accueilli par les plus hauts dirigeants nazis. Le maréchal est traité en chef d’État et en militaire émérite, salué et installé à la table d’Hitler comme un interlocuteur de rang égal et à la hauteur du pays qu’il représente. De plus, Hitler avait une grande admiration et un grand respect pour le maréchal et tentait de rester humble face à lui durant les entretiens, quitte à ne pas en faire trop. L’entretien se fit dans le plus grand secret.

Adolf Hitler rencontre Pétain dans le train à la gare de Montoire à Montoire-sur-le-Loir, le 24 octobre 1940.
Adolf Hitler rencontre Pétain dans le train à la gare de Montoire à Montoire-sur-le-Loir, le 24 octobre 1940.

Cette discussion n’aboutira pas sur des accords ou une entente commune, mais relève plutôt d’être consultatif pour connaître les attentes françaises et le comportement français dans l’Occupation.

La campagne des Balkans et l’aide allemande

Après Montoire, le train spécial poursuit ses déplacements stratégiques. Dans la soirée, il part de France pour rejoindre Munich. Mais rapidement, les événements précipitent un nouveau changement de dernière minute : lorsque Hitler apprend que Benito Mussolini projette d’envahir la Grèce, il quitte immédiatement l’Allemagne pour se rendre à Florence afin de coordonner les actions avec son allié italien. Mais il arrive trop tard, les italiens sont déjà entrain d’envahir la Grèce.

Le 12 avril 1941, le Führersonderzug AMERIKA est stationné à Mönichkirchen, en Autriche, dans une vallée soigneusement choisie. Ce positionnement n’est pas anodin : il s’inscrit dans les préparatifs de l’offensive allemande dans les Balkans, destinée à compenser les difficultés rencontrées par les forces italiennes en Grèce et en Yougoslavie.

Hitler part en aide à son allié et parvient à envahir la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie puis la Grèce dans l’opération Marita et enfin la Crète avec l’opération Merkur. AMERIKA est alors stationné à Mönichkirchen pendant les opérations et l’anniversaire d’Hitler qui arrivera quelques jours plus tard.

Avril 1941 : un centre diplomatique itinérant

Le 20 avril 1941, jour du 52ème anniversaire d’Hitler, le train stationné dans la vallée devient un véritable centre diplomatique mobile et prend toute sa place dans la volonté de montrer la puissance allemande. Le Führer y multiplie les rencontres avec plusieurs figures majeures du camp de l’Axe et de ses alliés, à l’image du Berghof :

  • le régent de Bulgarie,
  • le régent hongrois,
  • le ministre des Affaires étrangères italien,
  • l’ambassadeur allemand en Hongrie,
  • Dignitaires et soldats allemands

Ces entretiens illustrent le rôle du train comme outil de commandement, mais aussi comme espace de négociation politique et stratégique si important à la suite des évènements. Quelques jours plus tard, le 26 avril 1941, Hitler quitte Mönichkirchen pour regagner la chancellerie de Berlin, le jour même de la capitulation d’Athènes, marquant l’effondrement de la résistance grecque.

Le Führersonderzug : dans le gigantesque train spécial d'Hitler
Hitler s’entretient avec le Gauleiter des Sudètes dans le train en route vers la Tchécoslovaquie le 17 mars 1939.

L’opération Barbarossa et les installations de protection

Le 22 juin 1941, l’opération Barbarossa est lancée contre l’Union soviétique. Dans ce contexte, le train spécial révèle ses limites et ne parviendra pas à rassurer Hitler sur sa folie en développement. En effet, Hitler est de plus en plus méfiant et paranoïaque, juge le dispositif insuffisamment sécurisé pour diriger une guerre d’une telle ampleur et préfère se terrer dans des bunkers de plusieurs mètres sous terre.

Deux jours seulement après le début de l’invasion, il décide de se replier vers un quartier général fixe : Rastenburg, en Prusse-Orientale, où se trouve la célèbre Wolfsschanze. Il y reste plus de 800 jours durant toute la guerre, faisant du lieu où Hitler a passé le plus de temps.

Hitler discute avec von Brauchitsch et Keitel dans le train, 25 avril 1941

Durant l’été 1941, un autre complexe, connu sous le nom d’Anlage Süd, un gigantesque tunnel de 380 mètres de longueur et 12 mètres de hauteur, devient également opérationnel à cette période, confirmant le basculement progressif du commandement vers des installations terrestres fortifiées et ne fut utilisé que 2 fois.

Le Führersonderzug : dans le gigantesque train spécial d'Hitler
Tunnel Anlage Süd | CC BY-SA 4.0

Par ailleurs, après la déclaration de guerre de l’Allemagne aux États-Unis en décembre 1941, le train change de nom : AMERIKA devient BRANDENBURG, comme un signe d’un repositionnement symbolique face au nouvel ennemi américain et une désappropriation du nom. Il restera tout de même nommé comme étant le Führersonderzug, le train spécial d’Hitler.

Les derniers trajets d’AMERIKA

À mesure que la situation militaire de l’Allemagne se dégrade et devient catastrophique, les déplacements du train deviennent plus rares et plus tendus. Son dernier grand trajet s’effectue entre l’Adlerhorst, un autre quartier général du Führer, et Berlin, alors que le Reich recule sur tous les fronts. Hitler se replie incontestablement.

Le 16 janvier 1945, Hitler part d’Adlerhorst et arrive à la gare de Grunewald, à Berlin. Il s’installe définitivement dans la chancellerie, où il vivra les derniers mois du régime, reclus dans le Führerbunker. Il ne remontra plus jamais dans le Führersonderzug.

Malgré son importance stratégique et symbolique, le train personnel d’Hitler ne fut jamais attaqué durant toute la guerre. Protégé par un dispositif de sécurité considérable et des déplacements tenus secrets voire trop secrets, le Führersonderzug demeure un symbole intact du pouvoir mobile du dictateur, à la croisée du commandement militaire, de la diplomatie, de la mise en scène politique et de la mégalomanie de son hôte Hitler.

Le Führersonderzug : dans le gigantesque train spécial d'Hitler

Après la guerre

Le 7 mai 1945, alors que le Troisième Reich s’effondre définitivement et la capitulation est pour bientôt, une décision radicale est prise : à 16 heures, la voiture-salon personnelle d’Adolf Hitler est détruite par explosion par les derniers partisans du Führer à Mallnitz7. L’objectif est d’empêcher qu’elle ne tombe entre les mains des Alliés. Symbole du pouvoir et de l’intimité du Führer, ce wagon devait ne laisser aucune trace exploitable ou permettant d’être perçu comme un trophée.

Après la capitulation allemande, le reste du train ne connaît pas le même sort immédiat. Le Führersonderzug est saisi puis divisé entre les forces américaines et britanniques. Certains wagons sont récupérés et réutilisés dans un cadre officiel, notamment par les généraux chargés de l’administration des zones occupées en Allemagne. Dépouillés de leur fonction initiale et de leur portée symbolique, ces éléments du train deviennent de simples outils logistiques au service des puissances victorieuses.

Dans les années 50, le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer utilise certains anciens wagons du train d’Hitler comme voiture officielle lors de ses déplacements. Dans les années 80, il ne subsiste plus aucun élément identifiable du Führersonderzug a proprement parler. Les wagons ont été détruits, transformés ou disséminés au point de disparaître complètement, comme on met à l’ombre un mauvais souvenir d’une époque sombre de l’histoire allemande.

Notes infrapaginales

  1. Le Lebensborn est une association SS créée en 1935 par Himmler pour repeupler et booster la natalité de la « race aryenne ». L’association comprenait des foyers, des crèches et des lieux de naissance pour les membres de la SS ou de l’élite nazie, pour les enfants de 0 à 2 ans. ↩︎
  2. Les Jeunesses Hitlériennes sont un mouvement de jeunesse dirigée par Hitler pour les jeunes de 14 à 18 ans. Il s’agit de la seule organisation jeune autorisée en Allemagne et devient obligatoire à partir de 1939 pour tous les garçons et filles en Allemagne. On comptera plus de 8,7 millions de jeunes dans les Jeunesses Hitlériennes en 1939. ↩︎
  3. « Chemin de fer impérial allemand ». Créée en 1920, cette compagnie a été nationalisée pour être une partie intégrante de l’Administration du Reich et s’occupe des chemins de fer allemands : commandes de wagons de marchandises, renouvellement de voies ferrées, développement d’un réseau à grande vitesse, etc…. La Deutsche Reichsbahn sera démantelée en 1945. ↩︎
  4. Reichssicherheitsdienst, le Service de sécurité du Reich était l’un des seuls services de sécurité à approcher l’élite nazie. Il était chargé de protéger Adolf Hitler et plus largement les dignitaires nazis de toute menace, y compris dans le Führersonderzug. ↩︎
  5. Membre du parti nazi dès 1929, Otto Dietrich devient vite une figure et un ami d’Hitler. Il passe en quelques années de référent presse à chef de la presse du NSDAP, Chef de la presse du Reich et secrétaire d’État au ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande jusqu’à devenir Reichsleiter. A ce titre, Otto Dietrich gère toute la presse nazie de 1931 à 1945 et est amené à voyager avec Hitler dans le Führersonderzug. ↩︎
  6. Ville au nord de la Pologne ↩︎
  7. Ville autrichienne à 1200 mètres d’altitude. ↩︎

Sources


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