L’un des bâtiments incarnant la démocratie et la liaison entre le passé politique et historique de l’Allemagne a pris feu un certain 27 février dans la nuit jusqu’au 28 février. Détruit par un homme nommé Marinus van der Lubbe, jeune néerlandais, ce dernier a été accusé et représenté comme le coupable idéal pour mener des actions coup de poings contre les populations minoritaires. Dès lors, l’Allemagne va sombrer dans la terreur et dans un abîme noir qu’ils n’en ressortiront qu’à la fin de la guerre, avec la suppression plus tard des libertés les plus fondamentales, l’intensification des persécutions contre les Juifs et la diversification de l’exode des minorités d’Allemagne…
Cet article va nous emmener tout droit dans une Allemagne tourmentée, dans les premiers mois du NSDAP au pouvoir et d’Hitler en tant que chancelier. Il ne faudra pas plus de quelques jours pour réaliser ce qui n’a jamais été fait auparavant au niveau constitutionnel et juridique.
Situation et contexte de l’incendie
Hitler a été nommé chancelier par le président Hindenburg il a un mois maintenant, mais il ne peut encore rien faire à sa façon, car son parti n’est pas majoritaire au Reichstag. Mais au soir du 27 février 1933, le Reichstag1 est incendié et l’ensemble du bâtiment s’embrase pour n’en laisser que des décombres. Rien n’a pu être récupéré et les pompiers mettront du temps à intervenir et lorsqu’ils arrivent, il n’y a plus grand-chose à sauver.
Ce haut lieu allemand n’est plus utilisable et il va falloir tout reconstruire. Un passant pense avoir vu un homme entrer par une fenêtre avec un objet inflammable à la main…

La police et les pompiers retrouvent cet homme sur les lieux : un adulte seul, ivre et errant dans le bâtiment. Arrêté, le jeune homme est un ouvrier du bâtiment au chômage de nationalité néerlandaise nommé Marinus van der Lubbe, âgé de 24 ans. Plus important encore pour l’époque, Van der Lubbe est syndicaliste et appartient aux jeunesses communistes. Il s’exprime assez étrangement voir de manière confuse. Il se jette presque dans les bras de la police comme s’il ne savait pas ce qu’il faisait.

4 autres militants communistes seront trouvés dans le bâtiment mais seul ce néerlandais attire l’attention à ce moment.
Interrogatoires
Plus tard durant les interrogatoires, il avoue immédiatement les actes qui lui sont reprochés en affirmant que l’incendie est un geste de protestation et qu’il a agi seul, son geste était donc réfléchi. Son acte à première vue apparaît totalement individuel et isolé de la part d’un déséquilibré ayant un lourd passé, de plus non allemand et très individualiste. Un peu faible d’esprit d’autant plus, il fait le coupable parfait pour incarner l’ennemi du peuple et le coupable de cet incendie, du moins pour le parti nazi.
L’évènement est très grave et lourd de conséquences pour le pays, mais Hitler et la propagande y ont vu un prétexte pour l’utiliser à des fins politiques. Cet incendie se produit à un moment crucial dans l’ascension au pouvoir des nazis qui n’est pas encore majoritaire au Reichstag. Pour gagner des sièges, ils misent tout sur les élections prévues pour le 5 mars. Le NSDAP va devoir affronter d’autres partis importants comme les socialistes, mais surtout l’extrême-gauche et le puissant mouvement communiste.
Bouc émissaire parfait pour la politique nazie
Il faut que le parti trouve un moyen de contrer ses adversaires politiques et par cet incendie, Hitler va pointer du doigt et accuser publiquement les communistes, à l’œuvre du très grand « complot communiste » en place contre le Reichstag et le pouvoir en exercice. Un ennemi a été désigné, le jeune néerlandais, et par ce prétexte Hitler va déclarer un « état d’urgence » en Allemagne, tout en mettant des mesures fortes pour stopper les communistes et réduire les libertés fondamentales et individuelles. Après les Juifs, les communistes feront bientôt l’objet de sévères répressions. Hitler crie également à la suite de sa venue sur les lieux 2 heures après l’incendie :
Il n’y aura plus de quartier pour les communistes.
Au soir de l’incendie même, des mesures exceptionnelles vont prendre place dans l’espace public puis plus tard dans les lois. Par exemple, Goering organise une rafle de députés et de cadres communistes en Allemagne. Ils sont emprisonnés, torturés et, parfois, assassinés dans des prisons improvisées, souvent dans les caves des locaux des SA et SS.
Conséquences de l’incendie du Reichstag
On estime l’arrestation de 4000 chefs communistes et fut une des premières rafles de grande ampleur qu’Hitler ordonne, mettant en oeuvre ce qu’il a toujours dit dans ses discours. Quelques heures après, des milliers d’opposants sont internés dans les premiers camps de concentration nazis qui voient le jour.
A cette date du 28 février 1933 dans la journée, l’incendie du Reichstag permet aux nazis d’accentuer leur politique d’intimidation et de terreur envers leurs adversaires politiques en vue des élections législatives du 5 mars 1933. Hitler étant déjà au pouvoir et ayant déjà réduit d’importantes libertés individuelles, elles se voient déjà fortement anti-démocratiques et marque un basculement dans la politique allemande.
Cet évincement des adversaires politiques va s’envenimer avec le décret de l’incendie du Reichstag, qui suspendra à titre exceptionnel, par mesure de sécurité et pour maintenir une certaine stabilité dans le pays, les premières libertés individuelles des Allemands.

Les retombées sur la population et la propagande nazie
L’incendie du Reichstag a amené à une situation exceptionnelle, qui pour les nazis servira à mettre en place des mesures exceptionnelles en Allemagne. Hitler va faire passer un décret majeur car il en a le droit pour permettre de « résoudre » cette situation en instaurant des mesures fortes et répondre par le poing de fer. Il ne perdit pas de temps et c’est le jour d’après, le 28 février, que ce décret sera promulgué et publié.
En effet, la situation dans les rues est bien grave et cela jette des millions d’Allemands dans la crainte d’une révolution communiste pour donner suite aux accusations du gouvernement. Le rapport officiel de l’incendie, bien que manifestement faux, affirme que l’incendie du Reichstag devait marquer le début d’une insurrection sanglante et d’une guerre civile à grande échelle.
Un pillage massif de Berlin était prévu. Il a été établi que, dans toute l’Allemagne, des actes de terrorisme devaient être menés contre les personnalités influentes, la propriété privée, ainsi que contre la vie et la sécurité de la population pacifique, et que la guerre civile aurait fait rage. Cependant, rien ne s’est passé comme cela dans la réalité et le parti nazi a utilisé ce prétexte pour faire passer une situation exceptionnelle et centralisé au Reichstag pour un évènement globalisé provenant d’un plus grand plan « communiste ».
Le décret de « la protection du peuple et de l’état »
Le décret qui va entrer en vigueur par les nazis pour répondre à l’incendie du Reichstag est le « décret de l’incendie du Reichstag ». Plus officiellement, il se nomme « Ordonnance du Président du Reich sur la protection du peuple et de l’État ».
Ce décret se base sur l’article 48 de la Constitution de Weimar (c’est encore une république) et permet plus clairement au président Hindenburg de prendre toute mesure appropriée pour sauvegarder la sécurité publique : il a le libre contrôle sur les mesures qu’il prend dans une « situation d’urgence ». Elle autorise à suspendre temporairement les droits fondamentaux, en totalité ou en partie selon la situation, en cas de perturbation ou de menace importante pour la sécurité et l’ordre public.
Dans ce cas, la loi a pu passer car après de longues discussions avec le Président Hindenburg, qui ferait le maximum pour garantir la paix de son pays et dans l’urgence de répondre à la situation, donna gain de cause à Hitler et signa la loi/décret. Par cet acte, les droits des Allemands sont « suspendus jusqu’à nouvel ordre » et les libertés civiles et individuelles sont supprimées. On parle de restrictions à la liberté personnelle, le droit à la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse, la loi d’association et d’assemblée, dans les ordonnances de perquisitions, de saisies à domicile également et aussi des restrictions de propriété, paralysant toute la vie quotidienne allemande.
Fin des libertés et premières arrestations de l’« adversité politique »
Cette loi totalement hors de tout cadre que le parti nazi a réussi à s’approprier a comme objectif principal la lutte anticommuniste. Par ailleurs, elle place le parti d’Hitler au premier plan, au-delà de la démocratie, de la liberté de pensée et forcera les Allemands à s’imprégner du national-socialisme. Les prochaines élections législatives sont prévues pour le 5 mars et durant ce laps de temps, de nombreuses arrestations et éliminations d’opposants communistes ou sociaux-démocrates réels ou potentiels ne met plus de doute sur la victoire du parti nazi.
De grands noms comme le président du KPD, le parti communiste, fut arrêté ou bien d’autres grandes têtes de ce parti ont dû s’exiler. Les nazis ont mis la justice de leur côté et possèdent au-delà des mots, la force d’éliminer l’adversité politique. La loi les autorise à le faire.
Ils ne veulent plus ou pas nécessairement convaincre par la parole, mais par les actes et la terreur afin de forcer les Allemands non nationaux-socialistes à rentrer dans le rang et à s’adonner à cet élan communautaire du peuple allemand. Cette méthode est employée dans le processus « Gleichschaltung », « mise au pas », pour imposer le pouvoir et mettre au pas le pays durant toute la période 1933-1934.
En vertu de l’article 48, al. 2, de la Constitution, il est ordonné ce qui suit en vue de prévenir les actes de violence communistes menaçant la sécurité de l’État :
Article 1 : Les articles 114,115, 117, 118, 123, 124 et 153 de la Constitution du Reich cessent, jusqu’à nouvel ordre, d’être en vigueur. En conséquence, seront valables les restrictions de la liberté personnelle, du droit de libre opinion – y compris la liberté de la presse – du droit d’association et de réunion, les immixtions dans le secret des lettres, de la poste, du télégraphe et du téléphone ; les visites domiciliaires, saisies, restrictions de la propriété, même au-delà des limites jusqu’alors fixées par la loi.
Article 2 : Lorsque, dans un Land, les mesures propres à rétablir l’ordre et la sécurité publique n’auront pas été prises, le gouvernement du Reich pourra, dans cette mesure, assumer provisoirement les attributions de l’autorité supérieure de ce Land.
Article 3 : Les autorités des Laender et des communes devront, dans le cadre de leur compétence, exécuter les instructions du gouvernement du Reich prescrites en vertu de l’article 2.
Article 4 : Quiconque aura contrevenu, où provoqué à contrevenir aux ordonnances prises soit par les autorités supérieures des Laender ou les autorités placées sous leurs ordres, soit par le gouvernement du Reich conformément à l’article 2, sera puni, dans la mesure où le délit ne tombe pas sous le coup d’une peine plus élevée, d’un mois de prison au minimum ou d’une amende de 150 à 15.000 marks.
Quiconque, en contrevenant comme il est dit ci-dessus, aura provoqué un danger commun pour la vie humaine, sera puni de détention et, en cas de circonstances atténuantes, de six mois de prison au minimum ; si la contravention a entraîné mort d’homme, il sera puni de mort ou, en cas de circonstances atténuantes, d’une peine de détention pendant deux ans au moins ; la confiscation de ses biens pourra, en outre, être prononcée.
Quiconque aura provoqué à contrevenir (al. 2) de manière à créer un danger public sera puni de détention ; en cas de circonstances atténuantes ; la peine sera de trois mois de prison au minimum.
Article 5 : Seront punis de mort, les crimes pour lesquels le Code pénal prévoit, aux paragraphes 81 (haute trahison), 229 (empoisonnement), 307 (incendie), 311 (explosion), 312 (inondation), 314, al. 2 (sabotage de voie ferrée), 324 (empoisonnement menaçant la santé publique), la détention à perpétuité.
Sera puni de mort ou, dans la mesure où une peine supérieure n’est pas prévue, soit de détention perpétuelle, soit de détention non inférieure à quinze ans : 1° Quiconque entreprendra de tuer le président du Reich, un membre ou un commissaire du gouvernement du Reich ou d’un Land, ou incitera à commettre cet assassinat, s’offrira à le perpétrer, acceptera une offre à cet effet, ou conviendra de le perpétrer avec un tiers ; 2° Quiconque, dans les cas prévus par le § 115, al. 2 du Code pénal (révolte grave) ou par le § 125, al. 2 (grave violation de la paix publique), agira au moyen d’armes ou collaborera sciemment et volontairement avec un tiers armé ; 3° Quiconque privera de liberté une personne (§ 239), dans l’intention de s’en servir comme otage dans la lutte politique.
Article 6 : La présente ordonnance entrera en vigueur le jour de sa promulgation. […]
Notes infrapaginales
- Construit en 1884 sur les plans de l’architecte allemand Paul Wallot, Le Reichstag avec sa devise sur le parvis « Dem deutschen Volke » ou « Au peuple allemand » est le siège du Reichstag de l’Empire allemand. Le parlement, ou l’assemblée est en vigueur depuis l’établissement de la Constitution de Weimar du 11 août 1919. Le Palais du Reichstag accueille le Reichstag à Berlin depuis cette date en Allemagne et rassemble l’élite politique allemande à l’image d’autres pays en Europe, sur le même modèle. Le bâtiment mesure 130 mètres de long dans un axe nord-sud, avec 90 mètres de large dans son axe est-ouest et une hauteur de 30 mètres. Il dispose de 4 tours d’angle symbolisant les 4 royaumes de l’empire allemand : Bavière, Saxe, Prusse, Wurtemberg.
Par ce parlement, la démocratie règne et administre la vie allemande, jusqu’à qu’Hitler en prenne le pouvoir par Hindenburg en 1933. Le Palais du Reichstag est l’incarnation même du pouvoir en Allemagne et Hitler s’efforce d’asseoir un maximum de nazis dans son assemblée dans les mois à venir. Ce dernier fait également, à l’image de la journée de Potsdam, la liaison entre le passé politique et historique de l’Allemagne et le futur que les nazis souhaitent même en oeuvre. Il est très important pour la vie politique allemande. ↩︎
Sources
- « Reichstagsbrandverordnung ». Wikipédia, 4 décembre 2023. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Reichstagsbrandverordnung&oldid=210263544.
- Guerre, Mémoires de. « Incendie du Reichstag ». Mémoires de Guerre, http://www.memoiresdeguerre.com/article-incendie-du-reichstag-53363576.html.
- « Incendie du Reichstag ». Wikipédia, 18 juillet 2024. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Incendie_du_Reichstag&oldid=216899586.
- Film-documentaire.fr. Incendie du Reichstag, quand la démocratie brûle. http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/67380_0.
- « L’incendie du Reichstag ». France Inter, 23 février 2023, https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-vif-de-l-histoire/13h54-le-vif-de-l-histoire-du-jeudi-23-fevrier-2023-7705179.
- L’incendie du Reichstag [muet] – Lumni | Enseignement. enseignants.lumni.fr, https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000884/l-incendie-du-reichstag-muet.html.
- GABRIEL, Olivier. L’incendie du Palais du Reichstag de Berlin (1933) – netpompiers. https://www.netpompiers.fr/incendie-reichstag-berlin-1933/.
- « L’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, marque le début de la dictature nazie ». RTBF, https://www.rtbf.be/article/l-incendie-du-reichstag-le-27-fevrier-1933-marque-le-debut-de-la-dictature-nazie-11156958. Consulté le 24 septembre 2024.
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