Une guerre est une multitude d’évènements qui fait qu’elle devient unique. On y retrouve des évènements de combats de position comme de mouvement, des affrontements en zones urbaines, en plaine, dans le désert et bien d’autres qui font qu’on découvre tous les aspects de cette guerre. Elle se généralise à tout ce que l’humain a accès : dans la terre, la mer ou le ciel. Et parmi ses combats, on en retrouve qui sont particulièrement étranges, voir invraisemblables, à l’image de la destruction du dirigeable K-74 qui fut détruit en pleine mer le 18 juillet 1943 à cause d’un… sous-marin. Le U-134 plus précisément, réussi pour la première fois de l’Histoire à détruire un bâtiment volant comme un dirigeable, créant alors un nouveau mythe. Cela sera le seul aéronef non rigide détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale par un sous-marin.
Cet article vous emmène à la découverte du U-134, le sous-marin de type VIIC et du dirigeable K-74 de classe K américain qui parvient à réaliser l’impossible, dans une époque tourmentée d’une guerre qui ne fait pas de cadeau et deviendra totale à partir de 1943.
Le U-134
Notre sous-marin de cette histoire fut commandé en 1939, mis en cale en 1940 et lancé en 1941 à l’usine 13 du chantier naval de Bremer Vulkan-Vegesacker Werft à Bremen-Vegesack, en Allemagne. Il portera le numéro U-134. Il s’agit d’un sous-marin de Type VIIC, l’un des modèles de sous-marins allemands les plus avancés de la Kriegsmarine. Le type VIIC est présent presque partout où la Kriegsmarine. Ils opéraient et ont combattu de 1940 à 1943, ce qui fait de lui un sous-marin de d’une excellente qualité et est équipé des derniers systèmes à la pointe de la technologie.
C’est un incontournable pour la marine allemande. Ce sous-marin a été produit en 654 exemplaires et disposait d’un confort optimal et de commodités à bord. Il est un des joyaux de l’armée allemande, un « loup gris » redoutable dans les combats contre les Alliés. Il a été conçu pour éviter la détection sous-marine et attaquer les convois ennemis avec une redoutable efficacité.

Et pour cause, ces sous-marins représentaient un danger pour l’époque de la guerre marine et les convois Alliés, avec un rayon d’action de 15 170 km en surface et plus de 150 km en plongée. Il pouvait avoir en sa possession plus de 14 torpilles qui pouvaient être tirés à l’avant ou l’arrière par environ 50 marins à bord.
Participer à une guerre entrain de tourner en faveur des Alliés
En 1943, à l’image de tous les autres bâtiments sortant d’usine, il devenait un espoir de plus de l’Allemagne pour s’en sortir et maintenir l’effort de guerre sous-marine. Sur la terre, Paulus a signé la reddition de sa main des troupes allemandes à Stalingrad, subissant désormais le « rouleau compresseur soviétique » sur plus de 2000 km de front, tandis que Rommel ne cesse de reculer en Afrique depuis l’opération Husky ou bien Torch et que l’allié Italien vacille fortement.
Ils perdent progressivement sur tous les fronts et l’U-134 est l’un des bâtiments devant participer à cette période mouvementée.
Etats de service du U-134
Son premier commandant est le Kapitänleutnant1 Rudolf Schendel, précédent commandant du U-19 de type IIB, l’un des tous premiers sous-marins allemands du Plan Z du 8 novembre 1940 au 31 mai 1941. Il prend la gestion du U-134 par la mise en service du sous-marin le 26 juillet 1941 et ce dernier entre dans la 5ème Unterseebootflotille / Ausbildungsflottille basée à Kiel pour son entrainement et sa préparation. Il embarque un équipage de 48 hommes et son entraînement prendra fin le 31 octobre 1941, il entre en service actif le 1er novembre 1941 avec la 3ème Frontflottille basée à La Pallice où il commença sa toute première opération 1 mois plus tard, le 1er décembre 1941.
Rien au départ ne le prédestine à être un sous-marin différent des autres. Il participe à 7 meutes de loups2 et à 9 patrouilles dans l’Atlantique, avec comme port d’attache Kiel en Allemagne et La Pallice (la Rochelle) en France. Il parvient à détruire 8 jours après son premier bateau, le Steinbek (allemand, 2,185 GRT), qui s’avérait faire partie d’un convoi allemand de 4 navires… Il fut soumis à une enquête de l’OKM3 et notifié d’avoir torpillé un convoi allemand, sauf qu’ils n’étaient pas au courant de ses derniers, ils n’eurent aucun blâme.
Ils détruisirent le 2 janvier 1942 le Waziristan (britannique, 5,135 GRT4) dans la Mer du Nord, puis le 14 novembre 1942 et le Scapa Flow (panama, 4,827 GRT) dans l’Atlantique moyen totalisant 12,147 tonnes. Il combattu pendant 408 jours en mer. Il eut également un autre bâtiment détruit à son palmarès, le K-74.
La destruction du dirigeable K-74
C’est durant la 9ème et dernière patrouille, à partir du 10 juin 1943, que le sous-marin prit à nouveau la mer avec son nouveau commandant à bord, l’Oblt. Hans-Günther Brosin. Cette fois, il se dirigea vers les côtes de Floride.
Dans cette zone de l’Atlantique, les Alliés s’étaient mis à utiliser des dirigeables (aéronefs non rigides) pour détecter et immobiliser les U-Boots en attendant l’arrivée de renforts. Ils servaient à patrouiller et à lutter contre le fléau marin : les sous-marins allemands. Il fallait avant tout sécuriser les convois qui étaient attaqués de toutes parts. Les dirigeables ne devaient pas les attaquer frontalement, mais uniquement lorsque ce dernier plongeait ou était totalement immergé. Cette manœuvre permettait de ne pas affronter les défenses anti-aériennes qu’ils possédaient, étant très vulnérables et une cible facile.

Les dirigeables américains étaient équipés de 4 charges de profondeur5 et d’une mitrailleuse de calibre 50. Mastodonte des airs, ils étaient longs de 76 mètres et essentiellement de classe K, un type de dirigeable largement utilisé par l’US Navy dans l’Atlantique et le Pacifique et ils furent produit en 134 exemplaires. Parmi eux, le K-74, avec 9 équipiers et son commandant, le lieutenant Nelson Grills.
Leur présence ne présageait pas forcément quelque chose de bon pour les sous-marins et leur efficacité restait intéressante. Le U-134 de son côté et le K-74, en escadron de patrouille aérienne légère 21 provenant de Floride, se rencontrent finalement dans la nuit du 18 juillet 1943.
La rencontre du K-74 et du U-134
Il faut attendre 23h40 du 18 juillet 1943 en pleine nuit pour qu’un premier contact entre les 2 appareils fut établi. C’est le dirigeable qui détecte le sous-marin en premier grâce à son radar dans le détroit de Floride, car ce dernier fit surface. L’équipage se permit d’ouvrir les écoutilles afin d’évacuer le dioxyde de carbone et de renouveler l’air à bord pour qu’il y soit plus respirable. Les marins allemands montèrent alors sur le pont pour profiter de la douceur du climat tropical que proposait le détroit, permettant d’établir aussi un contact visuel. Ils étaient conscients qu’ils avaient de bonnes chances de ne pas être repérés, dissimulés dans la nuit noire et épaisse des mers.
Le sous-marin quant à lui réussit à détecter leurs prochaines cibles, 2 navires marchands alliés, un pétrolier et un cargo non loin d’eux, sans convoi ni escorte, du moins en apparence. Mais comme le dirigeable savait que le sous-marin allait vouloir intercepter les navires, le lieutenant Nelson Grills craignait que s’il n’attaquait pas immédiatement, ils ne soient coulés devant leurs yeux.
C’est donc de son plein gré et en dépit même de la doctrine de l’US Navy qui préconisait de ne pas attaquer de front un U-Boot non immergé, que le lieutenant passa outre cette consigne pour tenter d’empêcher l’U-134 d’arriver à ses fins. De là par cette confrontation ouverte, à cause de cette manœuvre qui était pourtant formellement déconseillée par l’US Navy. Le dirigeable était donc rentré en conflit avec un sous-marin allemand et disposait donc de son armement antiaérien a disposition pour intercepter le dirigeable K-74.
La confrontation du K-74 et du U-134
L’un à côté de l’autre, le combat démarra. Le sous-marin, conscient de son habilité et voulant se défendre, vira à bâbord et, depuis l’armement antiaérien disposé sur ce dernier, ouvrit le feu avec son canon de 20 mm sur le K-74 à vive intensité. Le dirigeable restait massif et peu manœuvrant, ce qui en fait une cible parfaitement visible dans la nuit éclairée par la seule lueur des lampes et de la lune. Il entama tout de même une attaque en larguant des charges de profondeur à environ 75 mètres d’altitude sur le sous-marin.
Le mécanicien de l’aviation riposta avec la mitrailleuse installée sur la nacelle. Les hommes à bord du dirigeable tentent de faire de leur mieux face à un adversaire plus petit et disposant d’un armement léger et antiaérien fiable. Le K-74 riposta en tirant une centaine de coups de calibre 12,7 mm jusqu’à ce que l’angle de la mitrailleuse ne permette plus de viser suffisamment bas.

Alors que le dirigeable K-74 survolait le sous-marin, l’un de ses moteurs fut touché par les tirs ennemis. L’opérateur radio du lieutenant Grills transmit immédiatement un message de détresse. Les autres dirigeables furent avertis de l’évènement qui se produisait. Le combat restait quand même déséquilibré.
La destruction du dirigeable K-74
Le dirigeable perdit le contrôle et prit feu, grimpant rapidement jusqu’à environ 305 mètres (1 000 pieds) d’altitude. Après avoir largué ses réservoirs de carburant externes afin de tenter de reprendre la maîtrise de l’appareil, il retomba lentement, l’arrière en premier, dans la mer, sans dommages en plus. Aucun des dix membres d’équipage ne fut blessé ; tous s’éloignèrent du K-74 par précaution, afin d’éviter d’éventuelles explosions des grenades sous-marines au moment de son naufrage. Ils étaient retombés dans l’eau.

Le sous-marin se permet ensuite de remorquer l’épave du K-74 avant de repartir pour analyser et photographier ce dernier, laissant les 10 hommes de l’équipage du dirigeable dans l’eau ou agrippé aux restes du dirigeable qui flotte à la surface après que tout ait explosé dans l’eau. Un d’entre eux fut attaqué par un requin et disparu dans les profondeurs. C’est seulement après 8 heures que l’équipage fut secouru par l’USS Dahlgren, un destroyer de l’US Navy.
L’U-134 ressort victorieux de cet assaut contre le K-74, mais ne fut pas compté au registre des destructions du U-Boot, ne comptant que les 3 navires détruits précédemment uniquement. Mais la fête fut courte, il dut plonger car le dirigeable avait endommagé les ballasts du sous-marin.
Plus tard, toujours lors de cette 9ème patrouille, le 21 août 1943, il fut à nouveau endommagé par une attaque d’avions du porte-avions d’escorte USS Croatan. escortant un convoi dans l’Atlantique. Il fut finalement coulé le 27 août 1943 dans le golfe de Gascogne, proche du Portugal, par le HMS Rother, une frégate anglaise, avec des grenades sous-marines provoquant 48 morts, soit tout l’équipage.
Les conséquences d’enfreindre les règles
Grills et ses hommes revinrent en vie de cette expédition rocambolesque. Cette expérience avec le U-Boot ne s’arrête pas pour autant là, et l’équipage fut réprimandé pour avoir enfreint les consignes et la doctrine des dirigeables de classe K en attaquant le sous-marin frontalement et non pas en ayant demandé de l’aide. Ils passèrent devant la cour martiale.

Cependant, après un long entretien avec le commandant d’escadron, leur situation s’améliora. Ce n’est toutefois qu’en 1961 que Grills reçut la Distinguished Flying Cross et que son équipage fut décoré de la Navy Commendation Medal, à la suite de la découverte de documents allemands confirmant que le K-74 avait effectivement endommagé le sous-marin, marquant alors l’évènement comme positif pour l’effort de guerre et comme une réussite, en partie. Les journaux parleront de cet évènement rare et unique dans la Seconde Guerre Mondiale, bien après la chute de l’Allemagne en Mai 1945….

Notes infrapaginales
- Equivalent à Lieutenant de vaisseau, ce dernier peut commander un petit bâtiment maritime, ici un sous-marin. ↩︎
- Les U-Boots appelés des « loups-gris », ont aussi une tactique militaire portant le nom de « Rudeltaktik » pour « tactique de meutes ». Cette tactique visait à créer des attaques de masse de plusieurs U-Boots sur un convoi ennemi. ↩︎
- Okerkommando Der Marine, l’état major de la marine allemande ↩︎
- GRT (Register Ton) / Tonneau / Tonnes : Également appelé jauge brute, le GRT est la capacité intérieure totale d’un navire. Pour un navire de charge, il va donner une idée de sa capacité en transport de marchandises et de combien de tonnes il peut posséder au total. Quand on parle de GRT, on fait référence aux tonnes totales que le commandant ou le navire a détruit ↩︎
- Similaire à des bombes sous-marines ↩︎
Sources
- The Shipyards – Technical pages – German U-boats of WWII – Kriegsmarine – uboat.net. https://uboat.net/technical/shipyards/vegesack.htm.
- les sous-marins allemands 3e u-fi au port de la-pallice. http://francois.delboca.free.fr/port/fs3u-fi.html.
- « Schendel, Rudolf : S ». Armedconflicts.Com, 14 janvier 2024, https://www.armedconflicts.com/Schendel-Rudolf-t274932.
- MOD, FiBe. « SS – U-134 (1941) : Submarines U-101 – U-200 ». Armedconflicts.Com, 24 septembre 2010, https://www.armedconflicts.com/SS-U-134-1941-t15566.
- Korvettenkapitän Rudolf Schendel – German U-boat Commanders of WWII – The Men of the Kriegsmarine – uboat.net. https://www.uboat.net/men/commanders/1075.html.
- The Type IIB U-boat U-19 – German U-boats of WWII – uboat.net. https://www.uboat.net/boats/u19.htm.
- octobre 2017, Par Robert F. Dorr-11. « Blimp vs. U-boat ». Defense Media Network, https://www.defensemedianetwork.com/stories/blimp-vs-u-boat/.
- « German submarine U-134 (1941) ». Wikipedia, https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=German_submarine_U-134_(1941)&oldid=1333226627.
- War Patrols by German U-boat U-134 – Boats – uboat.net. https://uboat.net/boats/patrols/u134.html.
- Rudolf Schendel – Wiki des archives sous-marines. http://www.uboot-archiv.de/ubootwiki/index.php/Rudolf_Schendel.
- « Unterseeboot 134 (1941) ». Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Unterseeboot_134_(1941)&oldid=225002033.
- « K-class blimp ». Wikipedia, https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=K-class_blimp&oldid=1328892547.
- Leone, Dario. « The Day U-Boat U-134 Shot down K-74: The Story of the Only US Navy Blimp Lost to Enemy Action in World War II ». The Aviation Geek Club, 20 décembre 2020, https://theaviationgeekclub.com/the-day-u-boat-u-134-shot-down-k-74-the-story-of-the-only-us-navy-blimp-lost-to-enemy-action-in-world-war-ii/.
- Franco, Samantha. « The Oddest Showdown of WWII? American Blimp vs. German U-Boat ». Warhistoryonline, 6 avril 2023, https://www.warhistoryonline.com/world-war-ii/blimp-vs-u-boat.html.
- The Type VIIC U-boat U-134 – German U-boats of WWII – uboat.net. https://uboat.net/boats/u134.htm.
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